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Théo Varlet

1878–1938

 L'écrivain qui choisit Cassis

Poète, romancier, traducteur, voyageur infatigable, Théo Varlet appartient à cette génération d'écrivains qui firent de leur vie une quête de beauté et de liberté. Humaniste, amoureux de la nature, profondément indépendant, il parcourut l'Europe, la Méditerranée et l'Orient avant de découvrir, presque par hasard, le lieu qui allait devenir son véritable port d'attache : Cassis.

La révélation de Cassis

À l'été 1905, Théo Varlet quitte Marseille avec son ami, le peintre Jean Baltus. Ils cherchent simplement un refuge loin de la chaleur de la ville. Une carte routière posée sur une table de café, un nom aperçu presque par instinct — Cassis — et le destin bascule.

 

Le voyage n'est pourtant pas sans difficultés. Une bicyclette endommagée, une arrivée tardive, une première nuit inconfortable... Rien ne laisse présager ce qui l'attend au lever du soleil.

 

Puis vient ce matin d'août.

 

Depuis la fenêtre de son hôtel, Varlet découvre la place du village, le port encore silencieux, la baie, les falaises et cette lumière qu'il n'oubliera jamais. Lui qui connaissait déjà la Sicile, la Grèce et les rivages de la Méditerranée écrira plus tard qu'aucun paysage ne lui avait procuré une émotion comparable.

« Ce fut le coup au cœur d'une révélation de beauté. »

Cette rencontre marque le début d'une histoire d'amour qui durera toute sa vie.

Théo Varlet dans les années 1920

J. Baltus 1911, L’Eissadon, Coll. part.

Le pays prédestiné

Varlet voit dans Cassis bien davantage qu'un joli village provençal. Il y découvre un paysage rude, lumineux et sauvage où les falaises plongent dans la mer, où les vallons s'ouvrent entre les pins et où chaque saison transforme la lumière.

 

Quelques années plus tard, il écrit :

« J'y vis d'emblée le site élu, le pays prédestiné. »

En 1909, il quitte définitivement les rivages du Nord pour venir s'installer à Cassis.

Le Mas du Chemineau

Sa demeure, le Mas du Chemineau, devient rapidement bien plus qu'une maison.

 

Nichée au milieu des pins, des oliviers et des vignes, dominant la campagne cassidaine avec la mer en arrière-plan, elle devient pendant près de vingt-cinq ans son refuge, son atelier d'écriture et son lieu de méditation.

 

Son biographe la décrit comme une modeste maison rose aux toits gris, perdue dans la nature provençale. Varlet lui-même évoque souvent cet « ermitage » où il aime retrouver le silence, ses livres et son travail.

Le Mas du chemineau, état actuel

Écrire sous la lumière de Cassis

À Cassis naît une grande partie de son œuvre.

 

Poésie, romans, essais, traductions : Théo Varlet écrit sans relâche. Passionné de littérature fantastique, de science-fiction naissante, de philosophie et de poésie cosmique, il développe une œuvre originale où la nature occupe toujours une place essentielle.

 

La mer, les calanques, les collines et les saisons nourrissent son imaginaire. Chez lui, le paysage n'est jamais un simple décor : il devient un personnage vivant, une présence qui accompagne la pensée et l'écriture.

Un esprit libre

Varlet refuse les conventions de son époque.

 

Voyageur, pacifiste, anarchiste dans l'âme, profondément attaché à la liberté individuelle, il mène une existence souvent difficile mais toujours fidèle à ses convictions. Ruiné après la perte de sa fortune, il poursuit son travail grâce à la traduction des grands auteurs anglais, parmi lesquels Stevenson, Kipling, Jerome K. Jerome ou Herman Melville.

 

Ses contemporains voient en lui un écrivain singulier, visionnaire et indépendant, aujourd'hui considéré comme l'un des précurseurs de la science-fiction française.

Les dernières années

Les dernières années de Théo Varlet sont assombries par la maladie et les difficultés matérielles. Malgré une santé fragile, il continue d'écrire et reste profondément attaché à Cassis. À ses côtés, son épouse Sarah partage cette existence discrète tournée vers la littérature et la Méditerranée.

Théo Varlet affaibli en 1933

Sarah Varlet

Un dernier hommage à Cassis

Les dernières années sont marquées par la maladie et les difficultés matérielles.

 

Affaibli, Théo Varlet s'éteint à Cassis le 6 octobre 1938.

 

Conformément à son souhait, ses cendres sont dispersées l'année suivante dans les eaux de la baie, face aux paysages qu'il avait tant aimés. Un ultime retour à cette mer méditerranéenne qui avait transformé sa vie plus de trente ans auparavant.

L'héritage de Théo Varlet

Aujourd'hui encore, Théo Varlet demeure l'un des écrivains qui ont le mieux exprimé l'âme de Cassis. Son regard émerveillé, sa sensibilité à la lumière méditerranéenne et son attachement au paysage font de son œuvre un témoignage précieux de l'histoire culturelle du village. Relire Varlet, c'est redécouvrir Cassis à travers les yeux d'un poète qui y avait reconnu, dès le premier matin, « le pays prédestiné ».

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