Mise à jour 14 novembre 2019   

Les Drailles de la Mémoire Cassis

Les Drailles de la Mémoire Cassis

Les trois sorcières de Cassis

Le 16 juillet 1614, trois femmes sont exécutées à Cassis pour s'être livrées aux pratiques de la sorcellerie.

 

Les consuls de la ville ont invité ceux de La Ciotat, et aussi tous les habitants, à voir mourir ces trois "masco" accusées d'avoir rendu malades quantité de gens, d'avoir fait disparaître des petits enfants pour les sacrifier au Diable, de s'être rendues coupables de fabrication de philtres d'amour et de poudres à héritage, d'avoir fait périr, en les regardant, toutes les bêtes d'un troupeau !

 

Ainsi furent condamnées dame Figonnière, dame Tripière, et celle dite La Grosse Coiffe, les trois sorcières de Cassis.

 

La tradition veut qu'elles aient vécu dans une grotte à l'accès difficile, située à mi-hauteur d'une falaise, à 280 mètres d'altitude, et dépendant de la ville de Sanary. La grotte longue d'environ 25 mètres, est invisible de l'extérieur ; on l'atteint par un escalier naturel, presque vertical. La partie supérieure n'est accesssible qu'avec des échelles de corde.

 

Telle se présente cette "Grotte des masco", qui au XVIIe siècle, pouvait être une cachette idéale pour les personnes fuyant le bûcher....

Oui, mais toutes puissantes qu'elles étaient dans leur pratique avec le Diable, ces femmes ne pouvaient atteindre la grotte, sans risquer mille fois de se rompre les os !

 

La Figonnière, la Tripière et celle qu'on appelait la Grosse Coiffe étaient soupçonnées depuis longtemps, d'avoir le mauvais œil.

On les voyait toujours sur les chemins, et jusqu'à Toulon s'il vous plaît, à vendre leurs médecines du Diable, à guetter quelques gibets

où poussait la mandragore !

 

Lorsqu'un enfant disparaissait, on prétendait qu'elles l'avaient enlevé pour le dévorer au cours de leurs sabbats.

 

Sur leur passage, on jetait de grandes poignées de sel, et entre leurs mains, la moindre brindille prenait un aspect redoutable !     

 

 

Que dire des philtres d'amour ? Ils se vendaient bien ! Ainsi que les poudres à héritage, ces poisons redoutables qui tuaient à plus ou moins longue échéance...

Ces femmes-là, toujours vêtues de hardes, sentaient le souffre, bien que personne ne s'avisât        jamais d'aller les renifler de près !   

 

 

Tout porte à croire que les fameuses "sorcières de Cassis étaient quelques pauvres paysannes courant les chemins en quête de produits de ramassage. Leur connaissance des plantes devait être grande, et sans doute s'inventèrent-elles des pouvoirs, pour impressionner une société dont elles se savaient exclues.

 

 

Les siècles ont fait disparaître les traces de nombreux procès de sorcellerie, sans doute pour éviter aux hommes d'avoir trop à rougir de l'incommensurable bêtise de leurs ancêtres !

En ce qui concerne les condamnées de Cassis, seul est parvenu jusqu'à nous, l'arrêt où figurent leurs noms et le prix de leur exécution.

Dans les comptes de la communauté de Cassis, il est écrit pour l'année 1614 :

 

"Mandat de paiement des dépenses faites pour l'exécution de trois masques : 20 sols pour les cordes, 8 sols pour les trois torches de l'amende honorable, 10 sols pour les clous, 36 sols pour la construction de la potence, 22 sols pour les travettes (solives), 20 sols pour la bigue, 55 sols pour la cire destinée à brûler les condamnées, et 15 écus pour l'exécuteur de la haute justice".

Et les consuls de Cassis, d'écrire à ceux de La Ciotat, le 15 juillet 1614 :

 

"Messieurs les consuls, nous vous envoyons ce porteur avec la présente, pour vous faire savoir que demain mercredi, on fait ici l'exécution de trois masques qui ont été condamnées à brûler, avec l'assistance de Dieu qui en cette affaire a fort aidé la justice. Ce sera un bel exemple pour l'endroit et aussi pour les voisins.

La police nous commande d'avertir tous les voisins pour venir voir l'exemple et les maléfices qui ont été faits. Nous vous demandons de faire dire publiquement pour ceux qui voudraient venir voir cette exécution, que nous ne savons point si elle sera de matin ou de tard.

 

Messieurs les consuls de La Ciotat, vos affectionnés serviteurs, les consuls de Cassis".

Ce 16 juillet 1614, il y a beaucoup de monde pour voir le sinistre spectacle, pensez, les trois femmes ont été condamnées à être étranglées, puis pendues et enfin brûlées.

 

A cette époque, nombreux encore étaient les gens de Cassis à habiter l'enceinte du château qui domine toujours la ville. 

C'est en face le quai actuel que l'on avait dressé le bûcher.

 

Après qu'elles eurent fait amende honorable, on attacha les trois femmes sur le bûcher. Deux d'entre elles n'en finissaient pas de crier, et leurs supplications passaient pour de la haine. La plus jeune ne disait rien, et ses yeux qui reflétaient toute la peur du monde, effrayaient les badauds,

plus encore que les cris des deux autres ! Ce silence là lui valut de  mourir la dernière. 

 

Dans les yeux du bourreau elle ne vit même pas une once de pitié, l'homme savait que l'on ne doit jamais regarder une masco dans les yeux, sous peine de tomber raide mort, et d'être damné pour l'éternité ! Quand il les eut étranglées toutes les trois, il les pendit aux gibets prévus pour cela, et ensuite alluma le bûcher.

Ainsi moururent dame Figonnière, dame Tripière et celle que l'on appelait la Grosse Coiffe, à cause de cet énorme capuchon qui lui couvrait la moitié du visage.

 

Rares sont ceux qui en passant par Cassis aujourd'hui se souviennent qu'il y a presque 366 ans, on y brûla trois femmes.

 

Personne n'a cherché à réhabiliter la mémoire de ces malheureuses, aucune rue ne porte leurs noms, tout juste si quelques livres leur consacrent trois lignes !

 

Si les gens de Cassis ont oublié leurs sorcières, c'est qu'en Provence, ils n'avaient pas été les premiers à allumer des bûchers, seulement,

je ne crois pas qu'après le 16 juillet 1614, ils recommencèrent...

 

D'abord... 9 ans plus tard, ils entreprenaient les travaux du môle qui, partant de l'Ile aboutissaient au rocher appelé le Canouvier, en formant le port.

 

Alors vous comprenez, il n'eurent peut-être plus le temps ni la place de dresser d'autres bûchers.

Conté par Christiane Maréchal dans "La Provence Insolite".

Editions de Haute-Provence 1993.

Illustrations : Images du Web