LES VILLAS RASTOIN

Entre « Phare » et « Villa paternelle », la dynastie des Rastoin

Parmi les grandes familles du négoce marseillais, les Rastoin, présents dans l’huilerie et les tuileries et alliés aux Jauffret dans l’immobilier, sont parmi les rares à avoir exercé des fonctions politiques. On ne s’étonnera pas de trouver parmi eux un maire de Cassis (de 1975 à 1995), Gilbert, et un adjoint au maire de Marseille, Pierre. Mais aussi deux présidents de la Chambre de Commerce, Emile en 1923 et Edouard en 1951.

De génération en génération, les aînés ont alterné les prénoms Edouard et Emile.

 

C’est un Edouard qui fait bâtir de 1886 à 1889 une étrange résidence à donjon, « La Villa paternelle », et c’est Emile, son fils, qui achète en 1931 la villa blanche dénommée « Le Phare ». Comme la plupart des résidences secondaires de ces grandes familles à Cassis, les Rocca, Magnan, Siffrein-Blanc, Vernazza, Roux ou Zafiropoulo, elles sont restées dans le patrimoine, souvent en indivision et moyennant des aménagements intérieurs pour satisfaire aux besoins des nombreux héritiers.

 

« La Villa paternelle » et son donjon

 

Fondateur de sa première huilerie en 1882, Edouard Rastoin tenait à marquer et le paysage de Cassis de sa note personnelle et l’intérieur de sa demeure avec son portrait. A deux reprises il fait appel à l’orientaliste marseillais José Silbert pour le représenter et, sans doute inspiré par ses voyages en Flandres, séduit par les gradins qui ornent les pignons du Nord, nostalgique enfin de la défunte mode troubadour, il conçoit un édifice qui saille d’autant plus étrangement dans le décor qu’il est à l’origine totalement isolé et surmonte le site industriel des cimenteries.

Conservés in situ, les portraits du patriarche en 1900 par José Silbert

Et, ci-dessus, lorgnant le large depuis sa terrasse.

Ceinturée par un long mur qui contient le jardin, pourvue d’un étage, de pignons à redents sur ses faces Sud, Nord et Est (celle-ci décalée sur la gauche), surmontée d’une tour crénelée que prolonge une vigie et flanquée d’un appendice à échauguette, la bâtisse voit tous ses sommets hérissés de pointes dardant le ciel.

Curieusement cette « folie » moyenâgeuse assez incongrue, entamée en 1886 et achevée en 1889, est dotée d’un intérieur qui rejoint son siècle. Des peintres italiens ornent le plafond du salon d’un trompe-l’œil où voltigent des hirondelles comme dans un patio ouvert sur le ciel et des maçons, fidèles au style rocaille qui abondait dans les jardins du Roucas, fabriquent une grotte d’où coulait une cascade.

Remodelé dans les années 50 pour héberger une famille qui compte 7 enfants, l’édifice se voit augmenté d’un étage, le nombre de gradins des pignons diminuant de 7 à 4 ; le pignon face à la mer est supprimé ainsi que l’appendice côté port avec son échauguette et chaque étage est pourvu d’une terrasse.

Les travaux de transformation vus depuis l’avenue de l’Amiral Ganteaume

et l’état actuel avec un donjon qui aura perdu de sa superbe avec l’élévation d’un étage

Vu depuis la villa « Le Phare », le côté Ouest de la « Villa paternelle » surmontant grotte et jardins et, face à la mer, les terrasses superposées.

14 ans après, « Le Phare »

 

En 1903 l’architecte marseillais Costa entreprend sur le site rocheux de construire entre la  villa d’Edouard Rastoin et le phare une villa qu’il fallut ceinturer d’un mur à contreforts pour créer terrasses et jardins (photo Ed. Cornet)

 Villa "Soleil"        Oratoire sur la jetée        Cabanon des Aubagnens                Phare      La villa de Costa en construction     La villa Rastoin               L'  "Estantadou"

Les festons qui conservent le nom de "Païpou"

Les deux villas avant la construction du Panorama

La villa est vendue en 1917 à un Marseillais, M. Quinson, devenu directeur de théâtre à Paris et qui pendant la guerre résidait à La Ciotat. Il fit surélever d’un étage la bâtisse et la maison du gardien. Avec son épouse, ancienne actrice surnommée Païpou et dont le nom orne encore le haut des murs du salon, il  y reçut pendant l’été ses amis, auteurs et hommes politiques dont Jean Malvy qui fut longtemps président de la Commission des Finances.

C’est en 1931 qu’Emile Rastoin lui achète la propriété : la famille s’agrandit en effet et l’on reste ainsi voisins de la « Villa paternelle ».

Elle aussi occupée par les Allemands, la villa blanche connaît dans l’après guerre plusieurs réaménagements. Ne citons que les  trois « bow-windows » remplaçant les fenêtres de la salle à manger, puis l’agrandissement sous la terrasse de ce qui devient un appartement baptisé

« La Serre ».

Depuis la jetée, la villa et le Panorama attirent l’attention en 1923 de Charles Atamian et c’est depuis le Panorama qu’en 1924 l’Ecossais Boileau Cadell, amateur de géométrie, fixe le parallélépipède qu’il nomme « The White House ».

Concluons sur le fronton devenu cheminée de « barbecue » qui orne la terrasse sommitale, sur la vue qu’on découvre sur le port et le Cap, sur le jardin qui va à la mer.

Nous tenons à remercier pour leur accueil et la documentation qu’elles nous ont fournie

Mmes Brigitte Rastoin et Marie-Claire de Lombardon

Les Drailles de la Mémoire Cassis

 Mise à jour 22 juillet 2020  

Les Drailles de la Mémoire Cassis