Les édifices remarquables de Cassis

Notre exposition du 15 au 30 juin 2019 aux salles voûtées de l'Hôtel de Ville de Cassis

Vernissage

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L'exposition

Les Oppida

Du VIème au Ier siècle avant J.C., LES CELTES à CASSIS

La tribu celto-ligure des Salyens dominait le terroir et commerçait, avant l’arrivée des Grecs, avec les Phéniciens.

Pour surveiller l’approche de Cassis et avertir d’incursions, ils ont établi trois sites stratégiques sur les hauteurs :                   

 

un habitat (colline de Bois Joli) au-dessus de la voie d’accès vers Marseille et deux oppida, l’un sur la Marcouline (derrière le Gibaù), l’autre sur le Baou Redoun (ou « Couronne de Charlemagne »).

  

Habitat de Bois Joli                                        La Marcouline                                            Baou Redoun

Depuis la Saoupe, on observe la position des trois sites qui pouvaient communiquer entre eux

 

La Marcouline 

 

Bois Joli 

 

Baou redoun  

Depuis le col de la Gineste,  vue sur le chemin antique vers Cassis par l’actuel tracé de la route (un autre itinéraire passait par Malvallon et GorgeLongue pour atteindre Port-Miou, le port le plus abrité de la côte).

 

Les trois sites contrôlent l’accès de l’intérieur des terres vers la mer.

L’habitat de Bois Joli

Vue supra vers le littoral

 

 

 

Et ci-contre vers la Gineste

A la cote 292, dominant la petite plaine du Mussuguet, soit un vallon agricole toujours cultivé et doté d’un puits naturel (un aven), ont été découverts sur près de 1.000 mètres carrés quantité de tessons d’amphores provenant d’Italie (Campanie et  Etrurie) et du nord de l’Espagne qui témoignent qu’en ce lieu de passage circulaient les marchandises. Aucune tuile ni structure défensive n’a été retrouvée, en revanche le site a  fourni tout un lot de monnaies massaliotes. Il ne s’agit donc pas ici d’un oppidum mais, datant d’entre le premier siècle avant et le premier après J.C, d’un habitat temporaire à proximité d’une route commerciale et d’un champ cultivé.

Vue sur la plaine du Mussuguet depuis l'habitat celte

Le socle de l'habitat et vue sur la Sainte Beaume 

Tessons des alentours du 1er siècle 

L’oppidum de la Marcouline, aussi dénommé Baou Redon

Les opppida sont des ensembles fortifiés d’époque celte. A Cassis ils sont situés sur un éperon barré, c’est-à-dire doté d’un rempart du côté non protégé par la falaise.

Mont Gibal ou Gibaoù

Marcouline ou Baoù Redoun

Vue de l’éperon côté Nord

Murs d’enceinte autour du thalweg central

Restes d’un cheminement

De l’oppidum on peut surveiller en direction de La Ciotat et Saint-Cyr, mais également vers Marseilleveyre et Carnoux ainsi que vers Cassis.

Le mur d’enceinte de trois mètres de large et, semble-t-il, de 4 mètres de haut à l’origine, comportait des tours et un avant-mur renforçait la défense au-dessus du fossé en contrebas duquel coule la source de Ratataigne. La céramique trouvée sur place indique une occupation entre les III° et II° siècles –JC. Le site aurait été réoccupé plus tardivement comme l’attestent des tuiles romaines découvertes dans une case.

L’autre Baou Redoun, la « Couronne de Charlemagne »

Le diadème de la falaise, rempart naturel  à l’ouest

Vue aérienne des remparts et emplacement de l’entrée 

Vers l’est, l’entrée, large de 3 mètres, comportait deux piliers et sans doute une porte en bois. 

A l’ouest, la falaise domine la vallée et la baie de Cassis

Seul l’oppidum de la Couronne était connu à l’époque de Saurel, (extrait ci-dessus  de sa « Statistique de la Commune de Cassis » en 1857).

Ce sont les fouilles menées dans les années 1980 qui ont permis de découvrir les deux autres sites.

 

Le rempart de part et d’autre de l’entrée fait 80 mètres de long ; le segment oriental a été détruit  sans doute pour construire une ferme en contrebas, le Jas du Président.

L’absence de matériel ne permet pas de dater précisément ce site, le mieux conservé des trois.

Pierre MURAT

Les Trémies de la Cacau

Les strates d’Urgonien bien visibles du large

Tout comme, de l’autre côté de Marseille, les carrières de pierre rose de la Couronne furent exploitées depuis l’antiquité (et ce jusqu’au XVIIème siècle), du côté de Cassis tout donne à penser que Grecs et Romains ont exploité le littoral pour sa pierre froide et blanche, si résistante. Reste que la première trace écrite, à propos de la Cacaù, date de 1720 : une carrière créée « pour le compte du Roy » par un « maître pereiron », Jacques Cézard, où œuvraient les bagnards  et qui aura servi à Toulon tant pour les fortifications que pour la construction du bassin de l’Arsenal. S’établit également dans les rocs de la Cacaù la carrière de César Domenge, mais, semble-t-il, avec des ouvriers « peironiers » du cru, solidement encadrés par les règles du compagnonnage.

A force de barre à mine et de poudre noire puis, à la fin du XIXème, de dynamite dont les traces d’explosion en étoile se voient encore sur les parois, ils dégageaient et taillaient de beaux parallélépipèdes comme ceux restés en place ou qu’on aperçoit par le fond qui ont échappé aux manutentionnaires dans les dernières années d’exploitation. On pouvait faire glisser ces blocs équarris le long d’ornières encore visibles d’abord jusqu’aux tartanes puis jusqu’aux barges là où on avait pu créer, en entamant la rive, de grandes terrasses déclives venant presque à fleur d’eau.

       De l’entreprise Veysseire                                                                                                                             Déversement sur la barge

Et c’est cet usage que Solvay reprendra à échelle industrielle à partir de 1907 dans la calanque de Port-Miou.

 

Une concurrence qui fit progressivement abandonner l’exploitation de la Cacaù et déserter les deux maisons de carriers sises, l’une sur l’échine de la colline, l’autre vers la pointe au bord de mer, et toutes deux ruinées. L’endroit, encore largement dégarni de végétation, devint un objet de promenade pour les « excursionnistes « buveurs d’air ».

En tenue de plein-air, ces dames arpentent les éboulis au pied du cabanon de la Douane

Menaçant également ruine sous l’effet de l’érosion marine, les trémies avaient besoin d’être consolidées,

voire restaurées pour continuer à témoigner de tout un passé de labeur et de technique.

Le Parc National des Calanques, la ville de Cassis, le Conservatoire du littoral et Alpes de Lumière (doté de spécialistes en la matière) se sont donc associés et ont bénéficié du mécénat de l’architecte Rudy Ricciotti pour ce travail complexe. Il a été l’occasion de redécouvrir une technique antique — du mortier de chaux mêlé à l’eau de mer — qui a permis de remettre en état ces édifices parfois proches de l’effondrement tout en conservant les fissures qu’habitent des espèces protégées comme les gekkos. Ainsi se trouvent préservés patrimoine architectural, mémoire industrielle et nature.

D’aucuns trouveront sans doute discutable la couleur sable orangé dont les trémies se trouvent désormais revêtues…

…. en les comparant à la blancheur éblouissante dont témoignent les photos des années fin 60 - début 70 où les paléontologues E. Bonifay et J. Courtin plongeaient depuis l’Archéonaute à la découverte de la grotte dont le porche s’ouvre à 10 mètres sous la trémie centrale.

Sur ce socle urgonien du Crétacé inférieur (au moins 120 millions d’années) s’étagent ainsi un site du Paléolithique ancien (-500.000 ans) doté d’un  habitat humain au Paléolithique moyen (- 300.000 ans), des carrières du XVIIIème siècle, une batterie installée sur ordre de Bonaparte pour défendre Port-Miou, des trémies du XIXème, des bunkers de la Seconde Guerre et un souci de conservation propre au XXIème qui recourt à des techniques remontant aux Romains !

Décidément la Cacaù, Cap Caù, cette « Pointe Chauve », est riche d’histoire.

 

A voir : https://www.youtube.com/watch?v=LUyVl8dbyxE

et les explications du géologue Jean Philip sur :

http://mdp.cerege.fr/cassis.php

Pierre MURAT

 Mise à jour 2 juillet 2020  

Les Drailles de la Mémoire Cassis