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LES PHARES

Les Phares

1841 : Pour signaler la passe, un phare en pierre de Cassis (10 mètres de haut seulement) est établi à gauche de l’entrée du port ; il a, nous apprend Saurel, « une portée de 9 milles, soit 12 kilomètres, et est élevé de 28 mètres au dessus des plus hautes mers ». Il apparaît ensuite en contrebas de l’Hôtel Panorama, puis, inactif à partir de 1915 et étêté pendant la dernière guerre, il sera inclus dans la Fondation Camargo.

Raphaël Ponson

1859

1859 : La modernité du Second Empire fait arriver le train en gare de Cassis, crée une usine de plomb au Bestouan et érige sur un îlot le phare de Cassidaigne : située à 7 kms des côtes de Cassis, cette tourelle de

23 mètres de haut lance un feu à deux éclats toutes les 6 secondes visible à 7 milles.

François Barry, « A Cassidaigne »,

coll. Regards de Provence

1880 : En face du feu blanc sur les roches de l’entrée du port, a été installé à l’extrémité de la jetée et en haut d’une structure métallique le feu d’horizon rouge, visible à 4 milles, à 9m 50 au-dessus des hautes mers, mais toujours pas de grand phare-balise sur ce môle neuf.

1913 : Il est enfin érigé en pierre de Cassis. Elancé et son sommet protégé par une grille, il subsistera jusqu’en 1944 où il est atteint par une torpille.

Une Carte Postale  de 1922

Et donc, en face du feu babord rouge, voici le phare reconstruit en 1946.

Toujours en pierre blanche de Cassis, plus trapu (17 mètres de haut), sommé d’une galerie et d’une lanterne verte, son éclat, occulté toutes les 6 secondes, porte à 6 milles. Rendez-vous par temps calme des amoureux et par gros temps des gamins qui jouent à esquiver les fortes vagues, il est prêt à affronter de nouveaux assauts de la mer.

Photo Cathy Brache 2016

Pierre MURAT

Du Panorama à la Camargo

Du Panaorama à la Camargo 

 

UN CABANON, UN HÔTEL ET UNE FONDATION

A l’origine, un cabanon célébré par les peintres

 

Venu de Toulon le 10 février 1794 pour inspecter les défenses de la côte, le jeune Bonaparte fit établir trois batteries, au château, aux Lombards et à la Lèque autour d’un modeste cabanon dominant la plage du Bestouan. Celui-ci, dénommé « des Aubagnens » car il servait à des carriers venus d’Aubagne, est à présent inclus et agrandi dans la Fondation Camargo sous le nom de « La Batterie ». Il a connu des hôtes illustres. Passons sur la légende qui voudrait que Bonaparte y ait séjourné.

Un siècle après, Vincent d’Indy y composa face au Cap son « Chant de la Cloche », un poème dramatique en sept tableaux inspiré de la ballade de Schiller, Grand Prix de composition de la Ville de Paris en 1885.

Le musicien admira le tableau « opus 200 » que Signac, avait peint en 1889 lorsqu’il fut exposé à Bruxelles en 1890, « un des tableaux que j’ai peints avec le plus de plaisir », dira le peintre en 1928.

Mais ce point de vue où joue la disproportion entre la massivité du Cap et l’humble bâtisse qui lui sert de contrepoint à l’avant-plan, c’est à Raphaël Ponson qu’on doit d’en avoir lancé le motif que reprirent les peintres locaux.

Ponson (1880)

Signac (1889)

Allègre (1900)

Garibaldi (1897)

Soit l’école provençale, le divisionnisme et le fauvisme,

se sont succédés, inspirés par le panorama.

Girieud (1903)

Vue du cabanon vers 1930

Le Panorama des années folles

Ce doit être en 1911 que, de l’autre côté de la route menant au Bestouan, fut conçu et édifié l’Hôtel Panorama par Monsieur Bresson. Le nom choisi pour l’hôtel dit tout sur la beauté de la vue qu’il ménage.

A gauche, premières

extensions latérales de l’hôtel avec modification de la véranda vitrée surmontée d’une terrasse.

 

 

 

A droite, en 1923, les bâtiments de Pierrefroide,

conçus par Madge Oliver, descendent

en cascade jusqu’au

rivage.

Une Anglaise, Madge Oliver (Yorkshire, 1874 – Corse, 1924) qui a étudié la peinture à la Slade Institute of Art de Londres de 1894 à 1897, décide, sa santé requérant le climat du Sud, d’élire domicile à Cassis ; c’est à l’hôtel qu’elle s’installe.

 

Survient la guerre à laquelle elle participe en tant que peintre ; elle est récompensée pour son travail par la médaille de la Croix d’Or.

 

Retour à Cassis où en 1919 elle acquiert le cabanon désormais nommé « La Batterie » et fait construire à proximité du phare les quatre étages de 

« Pierrefroide ».

 

D’une de ses fenêtres, elle représente la villa de

« La Puncho » qui domine le Bestouan dans une toile que conserva son amie Ida Brown et désormais exposée à la Tate Gallery de Londres.

C’est au Panorama que séjourne pendant ces années 20 un certain Winston Churchill avec sa suite.    Miss Oliver lui présente le peintre Louis Audibert.

 

Se délassant des soucis de la vie publique et désireux d’échapper à la dépression dont il était coutumier, le Premier Lord de l’Amirauté fit, grâce à ces deux peintres, ses premières tentatives picturales. C’est d’ailleurs Madame Churchill qui organisa une exposition posthume des œuvres de Madge Oliver en 1935.

Un autre peintre, l’Ecossais Sir John Peploe résida en 1913 puis 1924 (ci-contre avec son fils Bill) et 1928 au Panorama.

La première année, en famille et en compagnie d’autres « Scottish Colourists », Ann Estelle Rice et Fergusson.

 

Ils y attirèrent Stanley Cursiter (6 mois de séjour en 1920), puis Boileau Cadell et Leslie Hunter.

 

Tous appréciaient, outre le site, les attentions de Monsieur Bresson qui soignait ses hôtes avec de succulentes omelettes arrosées de vin blanc.

 

C’est encore au début de ces années 20 que l’Américaine Edna Saint Vincent Millay, prix Pulitzer de Poésie en 1923, séjourna au Panorama avec sa mère lors de sa tournée européenne comme correspondante de « Vanity Fair ».

D’autres hôtes illustres figurent au palmarès du Panorama : en 1930, Eugène Dabit qui y revient en 1936 et conte ses débats amoureux à Cassis dans « Le Mal de vivre ».

C’est aussi Roger Martin du Gard, en juillet 1932, puis de mars à septembre 1933 et enfin de janvier à mars 34 ; c’est là qu’il rédige « L’Eté 14 », septième volume de son roman-fleuve « Les Thibault » et travaille à une adaptation cinématographique de « La Bête humaine ». Il y rencontre le scénariste et réalisateur Carlo Rim ainsi que l’instituteur Marcel Lallemand qui le documente sur le monde ouvrier.

C’est enfin Denis de Rougemont en 1933 et 1934 qui y conçoit son essai sur « L’Amour et l’Occident ». Il écrit dans son journal : « Il y a près de Cassis une petite anse qui est pour moi le lieu du monde le plus pur. Une transparence vert-bleu sur des cailloux ronds où le pied enfonce, entre deux rochers et le ciel. J’y reviens chaque année. Comme par hasard. »

Martin du Gard à Cassis en 1933

Au décès de Bresson, c’est une cascade de propriétaires : Monsieur Heath, puis en 1936 une russe excentrique, Alice Maculevitch, qui héberge 22 chiens et toute une population de chats ;       

elle lèguera l’hôtel à son neveu, Monsieur Vlassiuk, avant de finir ses jours clocharde dans un abri du quartier de la Viguerie.

En 1965 l’hôtel, endommagé par ces tribulations, passe entre les mains du couple Peuvergne qui en 1967 le vend à Jerome Hill.

Commence alors une tout autre histoire.

Entretemps, la guerre est parvenue à Cassis.

Les Allemands qui ont réquisitionné pour y loger leurs troupes la villa Mare des Siffrein-Blanc, le château de Fontcreuse du colonel Teed, Le Clos Sainte Madeleine, l’hôtel des Roches Blanches, la villa Magnan, Pierrefroide et la villa « Le Phare » en contrebas du Panorama, installent dans ce dernier les services de l’Organisation Todt qui construit les défenses sur le littoral (ci-contre les emplacements fortifiés) et ce, de fin 42 jusqu’à leur départ en août 44.

 

Après la Libération, ce sont des Tunisiens, principalement des maçons, qui l’occupent et qui en seront expulsés vers les Brayes en 1955.

Pierre MURAT

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