Mise à jour 14 novembre 2019   

Les Drailles de la Mémoire Cassis

Les Drailles de la Mémoire Cassis

Il n’avait pas manqué pas de défrayer la chronique locale lorsque, chaussé de bottines à clous, armé d'un bâton de marche et d'une langouste achetée sur le port pour fêter l'événement, il s’était marié civilement à Cassis en 1910 avec Sarah Joseph, sa belle compagne de 20 ans, chanteuse et pianiste. Installé définitivement en 1913 au Mas du Chemineau, ce pacifiste qui supportait peu les emballements patriotiques fut suspect de collusion avec l’ennemi pendant la Grande Guerre. En 1933 il notera : “Sans occupation visible aux yeux de bonnes gens qui soupçonnent à peine ma qualité d’écrivain, je passe pour rentier, et ma lunette céleste, jointe à mes promenades botaniques, m’a valu la réputation d’un vague astrologue sorcier… C’est moins dangereux que pendant la guerre, où un télescope ne pouvait évidemment servir qu’à faire des signaux aux zeppelins et aux sous-marins boches*1 .” Nul n’étant prophète dans le pays qu’il adopte, cet écrivain cassidain par excellence est aussi un écrivain largement méconnu et d’abord par des Cassidains qui lui firent une réputation sulfureuse et que dérangeaient les mœurs de ce bohème naturiste, épris de vies antérieures comme de science-fiction, s’adonnant au haschich pour parfaire sa compréhension de la conscience, et, pour comble, apparemment misanthrope: “Afin de préserver mon absolue liberté, j'ai systématiquement refusé dans la société toute relation qui risquerait de devenir encombrante. Ce qui, naturellement, me vaut une réputation de sauvagerie et d'inaccessibilité.” « Homme libre », sa devise était « Non serviam ». Ruiné par les emprunts russes, il dut progressivement s’adonner à la traduction pour survivre et on lit toujours Stevenson, Jerome K. Jerome et Kipling dans les versions qu’il en donna. Dans ses dernières années, souffrant d’une misère d’où purent à peine le tirer les cotisations de ses amis écrivains*2 , il fut accablé par une longue et douloureuse maladie des os.

Théo Varlet affaibli en 1933

Sarah Varlet

A bout de forces, il se suicida le 6 octobre 1938. Les cendres de Varlet furent dispersées l’année suivante dans les eaux de Cassis par son disciple, Malcolm MacLaren, qui prononça une brève oraison :

Le mas qu’il chérissait fut occupé en 1943 par les Allemands puis saccagé. Errant entre Cassis et le mas délabré, minée par l’éther, son épouse lui survécut tant bien que mal jusqu'en 1974 où on retrouva son corps au fond du puits du Chemineau.

*1 Florilège de poésie cosmique (1905-1930). Lille-Paris, Mercure Universel, 1933, p.18

*2 Un Société des amis de Théo Varlet fut créée en octobre 1934 pour lancer une souscription en sa faveur. Figuraient dans le Comité d’honneur : Maurice Maeterlinck, Rosny Aîné, Henri de Régnier, Paul Valéry, Pol Neveux, Gaston Rageot, Georges Duhamel,

V. E. Michelet, Gustave Kahn, Philéas Lebesgue, Claude Farrère, Maurice Beaubourg, Fernand Mazade, Xavier de Magallon, A. Godoy et Saint-Pol-Roux.

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